19 mars 2026
min de lecture

GEMExpert : Sommes-nous prêts à des pratiques funéraires plus respectueuses de l’environnement ?

GEM

La chaire Territoires en transition de GEM a enquêté auprès de 585 personnes pour cerner leur ressenti face à cette question sensible : Et si demain, nous adoptions des pratiques funéraires plus écologiques ? Résultat : les esprits semblent ouverts à une évolution. 

Interview de Fiona Ottaviani, professeur associée à GEM et co-tituaire de la chaire Territoires en transition.

Interview

Questionner nos rites funéraires au nom de l’environnement, n’est-ce pas aller un peu loin ?

Fiona Ottaviani : Le sujet est novateur, certes. Mais il n’est ni incongru ni tabou : le SAF, principal syndicat professionnel de l’industrie des arts funéraires, lui a consacré en 2024 une étude d’une centaine de pages. On y apprend par exemple qu’une inhumation rejette en moyenne 620 kg de CO2, ou une crémation 649 kg : l’équivalent d’un mois d’émissions pour un Français. Or, la crise climatique nous incite à repenser l’ensemble de nos pratiques, y compris celles liées à la mort. Le moment est venu de mettre cette question sur la table.

Quelles sont les alternatives à l’inhumation et à la crémation ?

F.O. : Nous en abordons trois dans l’enquête, non autorisées à ce jour en France, mais expérimentées dans d’autres pays : la terramation, ou transformation du corps en humus ; l’aquamation, qui consiste à plonger le corps dans de l’eau chaude contenant des agents qui facilitent sa dissolution ; et la promession, où on place le corps dans de l’azote liquide avant de le disperser en particules fines.

Comment les personnes sondées perçoivent-elles ces alternatives ?

F.O. : Elles les connaissent peu : 37% ont entendu parler de la terramation, 8% de la promession, 3% de l’aquamation. Toutefois, si la terramation était autorisée demain, 21% des répondants la retiendraient pour eux-mêmes sans hésiter, et 31%, après s’être davantage informés. En revanche, s’il fallait décider pour un proche, l’adhésion serait moindre : les participants privilégient la volonté du défunt par rapport à leur propre avis.

L’argument environnemental donne-t-il du crédit à ces nouvelles pratiques ?

F.O. : Il joue clairement un rôle. 78% de nos répondants estiment important de prolonger leurs efforts en matière de protection de l’environnement jusqu’à leurs funérailles. Et 49% disent que le critère environnemental compte dans leur choix de sépulture. De même, on peut relier le taux d’adhésion à la terramation au fait qu’elle est considérée par notre panel comme le mode de sépulture le plus écologique, loin devant la crémation et l’inhumation. On sent donc une réelle ouverture sur ce sujet.

Comment s’emparer de ces résultats pour faire bouger les pratiques ?

F.O. : Notre enquête voulait contribuer à un débat, pas fournir des recommandations. Toutefois, j’en retiens deux points intéressants pour accompagner cette évolution. D’abord, le rapports à la sacralité du corps diffèrent selon les croyances religieuses, ce qui témoigne de la nécessité d’intégrer la pluralité de ces sensibilités dans les évolutions des pratiques. . Ensuite, toutes croyances confondues, 61% de notre panel serait favorable dès maintenant à la terramation pour les animaux de compagnie. Une ouverture législative sur ce point pourrait donc contribuer au changement des mentalités.

La publication

Ottaviani, F., Verger, N. (2026), Pratiques funéraires écologiques, chaire Territoires en transition GEM-Grenoble Alpes Métropole-ADEME.

Bio Express

Fiona Ottaviani

Fiona Ottaviani

Fiona Ottaviani, docteur en économie, chercheuse dans l’équipe de recherche Formes alternatives de marchés et d’organisations est co-titulaire de la chaire Territoires en Transition de GEM. Ses recherches portent sur la transformation des logiques de rationalisation, d’action et d’évaluation dans les politiques publiques et dans les organisations. Elle s’intéresse particulièrement à la construction et l’usage des indicateurs de bien vivre. Ses travaux contribuent à repenser les dynamiques collectives en faveur de la transition socioécologique, la place allouée à l’expert dans la construction de la connaissance et les synergies territoriales.

Auteur
Équipe GEM