17 juin 2025
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Comment booster la rénovation énergétique des copropriétés ?

GEM
La France accuse des retards colossaux dans le champ de la rénovation énergétique du parc de logements privés. Une étude, conduite par la chaire Energy for Society de GEM, pointe les leviers sur lesquels les propriétaires peuvent s’appuyer.

D’ici 2050, en France, 500 000 rénovations annuelles devraient être réalisées pour atteindre le niveau Bâtiment Basse Consommation (BBC) pour l’ensemble du parc de logements. Au regard de cet objectif annoncé, la France accuse des retards colossaux dans le champ de la rénovation du parc privé. Quels sont les leviers sur lesquels les propriétaires peuvent s’appuyer ?

L’efficacité énergétique est l’un des piliers de la transition énergétique. Les politiques nationales dans ce domaine ambitionnent une diminution de 20 % de la consom­mation d’énergie finale en 2030 par rapport à 2012, qui sera notamment atteinte grâce à la rénovation thermique du parc de bâtiment existant. A noter, les copropriétés privées en France composent à elles-seules 28 % du parc résidentiel.

« Le retard constaté sur le taux de rénovation s’explique par de nombreux freins – comme par exemple un faible retour sur investissement de la rénovation ou bien la complexité de la procédure – qui sont décuplés dans le cas particulier de travaux pour des bâtiments en copropriété privée, où le processus de décision est complexe. Ainsi, nous faisons l’hypothèse que le message associé à la rénova­tion énergétique, principalement fondé sur les économies d’énergie, n’est pas suffisamment incitatif auprès des ménages », relève Carine Sebi, professeure associée en économie spécialiste du secteur de l’énergie à Grenoble Ecole de Management (GEM), et coordinatrice de la chaire Energy for Society.

Cerner les freins et les motivations des copropriétaires

Carine Sebi, Marie-Charlotte Guetlein, Valeria Fanghella et Joachim Schleich  sont les co-auteurs d’une étude, réalisée en juin 2021, visant à comprendre les freins et les motivations des propriétaires dans le domaine de la rénovation d’un bâtiment en copropriété privée. Cette étude s’appuie sur un échantillon représentatif de propriétaires occupants et de propriétaires bailleurs composé de 1268 participants à l’échelle de la France métropolitaine.

« Au travers de cette recherche conduite dans le cadre de la chaire Energy for Society, nous identifions et testons, par l’analyse de données quantitatives issues d’expériences de choix discrets, les caractéris­tiques clés de nouveaux modes de financement qui permettraient de faire évoluer ou faciliter le processus décisionnaire des copropriétaires à engager ces travaux, explique Carine Sebi. Ainsi, nous avons étudié et comparé diffé­rents modes de financement, dont certains n’existent pas encore sur le marché. Par exemple, le paiement de l’investissement via les charges de copropriété ou le rattachement de l’investissement à la pierre (le logement) plutôt qu’au proprié­taire. L’idée étant d’évaluer si les copropriétaires sont plus enclins à engager des travaux de rénova­tion si le remboursement est intégré aux charges de copropriété, ou encore financé par le futur acquéreur en cas de vente. »

L’idée étant d’évaluer si les copropriétaires sont plus enclins à engager des travaux de rénova­tion si le remboursement est intégré aux charges de copropriété, ou encore financé par le futur acquéreur en cas de vente.

Constats et préconisations préliminaires

Les premiers résultats de cette étude seront diffusés le 15 mars prochain, à Paris, dans le cadre des Rencontres annuelles de l’Energie, initiées par GEM. Parmi les premiers éléments identifiés, Carine Sebi relève : « Le DPE – diagnostic de performance énergétique – n’est pas suffisamment connu et reconnu par les propriétaires et propriétaires-bailleurs. C’est pourtant un outil de mesure essentiel ! Notons, à ce titre, qu’à compter de 2025, les logements classés G au DPE ne pourront plus être mis à la location. A compter de 2028, ce seront les logements classés F…».
Par ailleurs, l’étude relève une méconnaissance des dispositifs d’aides et de financement déployés par l’Etat, à l’instar de la plateforme France Renov, lancée début janvier 2022.

La valorisation immobilière verte du logement rénové figure désormais parmi les principales motivations et arrive d’ailleurs en tête des préoccupations identifiées auprès des propriétaires bailleurs. La réduction de la facture énergétique et le gain en confort de vie, suivent de près.

Last but not least, cette enquête révèle un niveau d’aversion marqué des propriétaires pour l’emprunt à long terme.  « Contrairement à ce que nous envisageons, l’augmentation de la durée de l’emprunt sur 15 ans par exemple – qui permettrait de réduire les mensualités – serait plutôt un frein à l’investissement. » En revanche, les propriétaires réagissent plus favorablement lorsque l’investissement est rattaché au logement plutôt qu’à la personne.

« Nous observons que les propriétaires sont plus enclins à mettre en place la rénovation énergétique si, en cas de transaction immobilière, c’est le futur acquéreur qui prend le relais de l’investissement. »

Auteur
Équipe GEM