16 juin 2025
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Hydrogène : la promesse d’une énergie propre ?

GEM

Révolution annoncée du secteur des transports, de l’industrie, du bâtiment… Quels sont les enjeux de l’énergie hydrogène pour les différents acteurs de la chaine de valeur, à horizon 2030, notamment en région AURA ?

Prémisses d’une révolution du secteur des transports, de l’industrie, du bâtiment… L’hydrogène compte parmi les vecteurs énergétiques les plus prometteurs en matière d’énergie propre. Quels sont les enjeux pour les différents acteurs de la chaine de valeur, à horizon 2030, notamment en région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Entretien avec Carine Sebi, professeure d’économie, spécialiste de l’efficacité énergétique à Grenoble Ecole de Management, et coordinatrice de la chaire Energy for Society à GEM, qui est l’instigatrice de deux projets d’études du déploiement de la mobilité hydrogène : ZEV en région Auvergne-Rhône-Alpes et H2Mobility en Allemagne.

L’énergie hydrogène, ressource majeure de la transition énergétique, est coûteuse à produire, en particulier dans sa déclinaison bas-carbone. Auvergne-Rhône-Alpes est pionnière, en France, en la matière. Quel est l’état des lieux ?

En France, huit acteurs de l’hydrogène sur dix, sont basés en région AURA. Le CEA et l’institut Liten, à Grenoble, travaillent depuis plus de 20 ans sur la pile à combustible et sur les technologies liées à l’hydrogène énergie. La pile à combustible, qui est un convertisseur d’énergie, ou vecteur d’énergie, produit de l’énergie électrique pour des usages diversifiés. De nombreux travaux conjoints sont également conduits sur l’électrolyse et sur le stockage de l’hydrogène. La recherche tend vers l’émergence de ces technologies et leur développement dans le cadre d’une mobilité et d’une industrie plus propre.

En France, huit acteurs de l’hydrogène sur dix, sont basés en région AURA.

En région AURA, la chaine de valeur est également représentée par des acteurs phares comme Air Liquide pour la production ; Engie comme opérateur ; McPhy ou Atawey pour la fabrication d’électrolyseurs ; Symbio (créée à partir de brevets émanant du CEA), pour la conception des piles à combustible, qui permettent de convertir l’hydrogène en électricité ; Sylfen pour les convertisseurs haute température (en lien fort avec le CEA également). Les villes de Chambéry et de Clermont-Ferrand sont équipées des premières stations de recharge hydrogène pour véhicules, un projet régional porté par Hympulsion – l’alliance industrielle de Michelin et Engie, aux côtés des partenaires publics que sont la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Banque des Territoires .

Dans ce contexte, quelle est la vocation de la chaire Energy for Society, créée à GEM, dont vous coordonnez les travaux ?

Depuis novembre 2019, date de sa création, la chaire Energy for Society a vocation d’étudier les nouveaux services énergétiques permettant de concilier la mise en œuvre de nouveaux modèles économiques et l’adhésion des citoyens. La chaire étudie actuellement le projet rhônalpin Zero Emission Valley (ZEV), qui a l’ambition de développer un réseau hydrogène, des infrastructures adaptées, et de nouveaux usages associés en région AURA. La chaire évalue également un projet homologue en Allemagne, baptisé H2Mobility.

En région AURA, ZEV a l’ambition de fédérer les acteurs de l’hydrogène sur l’ensemble de la région, afin de briser le paradoxe de « la poule et de l’œuf », et permettre ainsi de créer des infrastructures pour développer les usages.

Quels sont aujourd’hui les grands défis à relever pour la mobilité à hydrogène ?

Aujourd’hui, l’hydrogène est à 95 % « gris », c’est-à-dire qu’il est produit à partir de sources d’énergies fossiles (gaz naturel, pétrole). L’enjeu principal est d’inciter à la production d’hydrogène dit « vert » ou « jaune », qui provient de l’électrolyse de l’eau, associée respectivement à l’électricité renouvelable (solaire, éolien, hydraulique) ou nucléaire, et à la production de  l’hydrogène « bleu ou turquoise», obtenu à partir d’hydrocarbures fossiles mais dont les émissions sont capturées et stockées.

L’hydrogène est désormais inscrit dans les stratégies bas-carbone nationales de la plupart des pays développés, et des efforts considérables ont été annoncés pour diminuer le coût des électrolyseurs et développer une filière industrielle ayant pour objectif la production d’hydrogène bas-carbone. La stratégie française prévoit notamment l’allocation de sept milliards d’euros d’ici 2030 pour cette filière – neuf milliards en Allemagne, pionnière en Europe.

Avec ZEV, l’idée est de créer des champions européens de l’hydrogène, en imaginant un groupement sur l’ensemble de la chaine de valeur. Ce mouvement est actuellement en cours afin de devancer technologiquement les pays asiatiques. Le plan de relance de la filière devrait être un levier pour la France, qui concrétisera les efforts réalisés ces dernières années pour réduire les coûts et améliorer la mobilité hydrogène à échéance de 5 et 10 ans – le temps de structurer la filière. En France, les industriels d’Hympulsion devront ainsi tirer profit de ce plan de relance pour massifier la production d’hydrogène vert et accroître ce cercle vertueux.

Auteur
Équipe GEM