Vers un nouveau monde du pétrole ?

Le point avec Isabelle Chaboud, professeur d’analyse financière, d’audit et de risk management, au département Gestion et Droit financier à Grenoble Ecole de Management.


Quels sont les principaux facteurs qui expliquent la tendance à la baisse du prix du pétrole, et pourquoi cette tendance devrait perdurer ?

Le facteur-clé est l’offre toujours surabondante de pétrole à l’échelon mondial. L’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), refuse toujours de réduire le quota de production de 30 millions de barils par jour. Pour beaucoup, cette décision est largement imputable à l’Arabie Saoudite, qui espère conserver ainsi sa part de marché, et limiter le développement du gaz de schiste américain.

Le second facteur revient au ralentissement de la croissance chinoise. Enfin, la tendance est accentuée par les nouveaux enjeux géopolitiques, liés à l’arrivée de l’Iran sur les marchés internationaux, avec une production de 2,9 millions de barils par jour. La hausse de la production a été portée à 500 000 barils par jour, depuis la levée officielle des sanctions le 18 janvier dernier. Une production qui devrait tendre, fin 2016, à 1 million de barils supplémentaires chaque jour.

Quelles sont les conséquences de la baisse du cours de l’or noir au plan de l’activité économique mondiale ?

Deux types de conséquences doivent être distinguées. La première porte sur les consommateurs finaux et les entreprises, pour lesquels la baisse de la facture énergétique est une bonne nouvelle. Le phénomène explique d’ailleurs pour partie la relance de la croissance et les gains de compétitivité des entreprises américaines, notamment. La seconde, beaucoup plus préoccupante, concerne les pays mono-dépendants du pétrole, producteurs et exportateurs, qui sont très fragilisés. C’est le cas de la Russie, qui, avec un prix du pétrole autour de 30 dollars le baril, viderait ses coffres en près d’un an, selon Reuters.

Mais le pays le plus vulnérable est sans conteste le Venezuela. Le pays dépend de ses exportations de pétrole à 96 %. Il témoignait d’une inflation de 141,5 % en 2015, et se trouve aujourd’hui au bord de la faillite, avec une dette de plus de 125 milliards de dollars. Quant à l’Arabie Saoudite, le royaume tire 90 % de ses recettes du pétrole. Son déficit budgétaire est aujourd’hui de 89,2 milliards de dollars. D’où, l’annonce de réformes gouvernementales radicales et la privatisation partielle possible d’Aramco (American Oil Company). Enfin, le Tenge kazakh, l’unité monétaire du Kazakhstan a perdu 25 % de sa valeur en 2015. Les actifs du fonds kazakh ont vu une réduction de leur valeur de 13 milliards de dollars en 18 mois.

Dès 2013, les industries parapétrolières ont été impactées par la baisse de l’activité des plateformes pétrolières. Elles espéraient un rebond en 2016, qui, visiblement ne viendra pas. Conséquence : on assiste à la chute de l’activité dans ce secteur. Quelles sont les conséquences perceptibles pour les entreprises françaises notamment ?

Deux exemples sont représentatifs de la situation. « Valllourec sera encore en pertes cette année », selon l’article des Echos du 18/02. Le spécialiste des tubes sans soudure a réalisé 67 % de ses ventes dans le secteur pétrolier l’an dernier, et a vu chuter son CA de 33 % en 2015 (et même de 48 % au dernier trimestre), à 3,8 milliards d’euros. Il accuse une perte nette de 865 millions d’euros en 2015, avec un résultat brut d’exploitation négatif (- 77 millions). Par ailleurs, l’Etat va affecter quelque 250 M€, via bpiFrance. Le groupe a également décidé de ne pas verser de dividendes aux actionnaires, pour conserver ses ressources financières.

Enfin, la société CGG (anciennement Compagnie Générale de Géophysique-Veritas), spécialisée dans l’exploration des sous-sols, connaît de grandes difficultés financières. Le groupe a dû réaliser une augmentation de capital de 350 millions d’euros en janvier 2016. Le titre cotait 2,32 euros le 11/01/16, alors que l’augmentation de capital a été faite sur la base d’un cours à 0,66 euros – soit, une baisse de 72 % par rapport au cours du 11/01/16. Depuis l’augmentation de capital, le titre a encore chuté et il s’affichait à 0,47 € le 19/02/16. L’Etat, par l’intermédiaire de bpiFrance, apporte son soutien financier au groupe, ainsi qu’IFP Energies nouvelles. »  

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