Toutes les actualités
09 mai 2017

Troccauris. Un modèle d’économie circulaire ?

Mark Esposito, professeur senior à GEM, spécialiste de l’économie circulaire, nous éclaire

A Grenoble, trois jeunes entrepreneurs ont créé Troccauris, issue d’Incubagem, l’incubateur de Grenoble Ecole de Management. Cette plateforme collaborative de troc d'objets et de services, entre particuliers, est étayée par une monnaie locale virtuelle : le cauris, qui permet d'échanger de manière circulaire. En quoi est-elle un modèle du genre ?

Mark Esposito, professeur senior à Grenoble Ecole de Management, spécialiste de l'économie circulaire, nous éclaire.

Jérôme Guilmain, Audrey Bouvier et Juan Ramirez, développeur d'origine péruvienne, sont les cofondateurs de Troccauris. Tous trois sont issus de Grenoble Ecole de Management. Lancée en juillet 2015, au sein d'Incubagem, Troccauris est également accompagnée par Antropia, l'incubateur de l'Essec, en tant que société d'économie sociale et solidaire.

En 2014, la jeune pousse a été lauréate du prix Pépite, le concours national des étudiants entrepreneurs, et projet lauréat du réseau Entreprendre Isère. Elle a par ailleurs obtenu une bourse French Tech de bpifrance. Aujourd'hui, Troccauris.com est lauréate de l'appel à projet GreenTechVerte, lancé par le Ministère de l'environnement dans la catégorie Economie Circulaire.

Un exemple de « frugalité »

Le site communautaire s'appuie sur une monnaie virtuelle, le cauris, du nom du coquillage qui sert encore de monnaie d'échange dans quelques régions du monde. Le principe de Troccauris est d'échanger des biens et de compenser leur différence de valeur par des cauris. Ainsi, le propriétaire du bien, dont la valeur est la plus élevée, recevra en complément des cauris, lui permettant d'acquérir d'autres biens sur le site. Troccauris ne prélève pas de commission sur les ventes, mais fonde son développement sur un modèle de rémunération C to C. Notamment, la vente de cauris aux particuliers (1€ = 10 cauris), pour fluidifier les échanges locaux (80 % des trocs). Mais aussi, la création d'un compte « premium », pour les particuliers, qui permet d'accéder à des offres ciblées, en avant-première. Sans compter un service de livraison d'objets en « troc points » dans des cafés partenaires locaux (une centaine à Grenoble ; 150 à Paris), qui favorise les échanges communautaires, autres que virtuels.

Autre cible, les entreprises. Une page, au sein du site collaboratif, permet d'accueillir les annonces des collaborateurs, moyennant un abonnement annuel par salarié, financé par l'employeur (5 à 10 € selon le nombre d'adhésions). Les premiers tests sont concluants. Ces modèles B to B et C to C payants permettront à terme de rentabiliser l'activité.

Des ambitions

Troccauris.com compte plus de 7 000 inscrits actifs, ce qui représente plus de 20 trocs par semaine. La startup est actuellement en phase de levée de fonds avec un objectif de 600 k€. Après un premier déploiement en 2015, dans la région grenobloise, la start-up est présente depuis mars 2016 à Paris. Dans les prochains mois, Troccauris prévoit d'élargir son service dans une douzaine de grandes villes en France. Objectif : atteindre 30 000 membres d'ici la fin 2017 et 90 000, un an plus tard. Son CA prévisionnel en 2017 devrait atteindre 400 K€ avec 10 collaborateurs.

L'analyse de Mark Esposito

« L'économie circulaire représente une alternative viable au modèle économique dit « linéaire ». Plutôt que d'aller « du berceau à la tombe », cette nouvelle voie de développement encourage le parcours « du berceau au berceau », en privilégiant les modèles économiques qui prônent la remise en état et la revitalisation, avec pour objectif de préserver les produits, les composants et les matériaux et de faire en sorte que leur utilité perdure au fil du temps, » expliquaient Mark Esposito, Khaled Soufani et Terence Tse dans une chronique d'experts du Harvard Business Review, en février 2016.

« Le concept de Troccauris est un exemple d'innovation financière qui cherche à « by-passer » le système bancaire et à le remplacer par un système d'échange, qui soit plus proche des besoins réels des communautés dans lesquelles cette monnaie virtuelle est en service. Il ne s'agit pas forcement d'un modèle d'innovation circulaire au sens strict, mais plutôt d'une forme de mutualisation et d'économie du partage virtuel.

C'est plutôt un exemple de frugalité, qui cherche à trouver des solutions innovantes, sans capitaux importants. La frugalité est en élément essentiel de la théorie de la circularité, parce qu'elle se propose d'utiliser des ressources déjà existantes, sans compromettre la qualité du produit, ou comme dans ce cas-là, du service, » expose Mark Esposito.

Les postiers, sauveurs de l'économie circulaire ?

Cradle to Cradle: Remaking the Way We Make Things », de Michael Braungart et William McDonough, North Point Books

Contacts
Mark Esposito