Mieux gérer les risques avec la géopolitique

La situation économique, politique, sociale et démographique d’un pays ou d’une région oblige les entreprises à s’adapter à la situation locale. A défaut, elles peuvent s’exposer à des risques, parfois dramatiques. Explication avec Jean-François Fiorina, directeur adjoint de Grenoble Ecole de Management et éditeur des notes d'analyse géopolitique.


1. ADAPTER SA STRATÉGIE

Une entreprise ne peut appliquer de manière uniforme une stratégie de développement à l’international. Qu’elle veuille s’implanter, tisser des relations commerciales ou travailler avec des sous-traitants, la situation géopolitique du pays visé doit éclairer ses choix stratégiques. C’est un point essentiel pour la cohérence, l’efficacité et la durabilité de son activité. « La question se pose, par exemple, pour savoir comment valoriser des opérations de compensation sur place », illustre Jean-François Fiorina

2. GÉRER LES RISQUES, QUELQUES EXEMPLES

Comment trouver de nouveaux marchés ?
Comment faire face à une baisse des prix ?
Autant de questions que posent les conséquences du boycott d’un pays. L’exemple de la crise russo-ukrainienne qui a débuté l’été dernier illustre cette situation. Les exportations de produits agroalimentaires français concernés par l’embargo russe sont estimées à 275 millions d’euros par Ubifrance. L’avenir est-il aussi incertain pour les quelque 400 filiales d’entreprises françaises actuellement implantées en Russie, parmi lesquelles Total, Renault, PSA, Danone ?

Si la France n’a plus d’otages dans le monde, les entreprises implantées dans des pays à risque, notamment en Afrique, doivent faire face à des dispositifs de sécurité lourds et mettre en place des cellules de crise en cas d’enlèvement. A elles de décider si le rapport coûts/avantages se révèle favorable ou pas. « Les grandes entreprises ont les moyens de négocier ou de faire appel à l’Etat français. Ce n’est pas toujours vrai pour les plus petites structures », souligne Jean-François Fiorina.

L’épidémie du SRAS a frappé en 2003, la grippe H1N1 en 2009. Depuis 2013, le virus Ebola touche l’Afrique de l’ouest de manière dramatique. Parmi les secteurs impactés, les compagnies aériennes et le tourisme sont en première ligne et voient leur activité perturbée. Des décisions stratégiques importantes doivent être prises pour faire face.

C’est LE risque des années à venir.
Selon le rapport Crime Survey 2014 de PwC, 23 % des entreprises étudiées ont été victimes d’actes cybercriminels. Un pourcentage qui devrait grimper. Le piratage de Sony Pictures en novembre dernier a montré à quel point les systèmes informatiques des grands groupes peuvent être vulnérables. « Les conséquences pourraient être irrémédiables si des personnes s’introduisaient dans le système d’information d’une centrale nucléaire ou dans les systèmes de gestion des pacemakers. Cela nécessite de prendre des mesures adéquates », insiste Jean-François Fiorina.

  • Répondre aux conséquences d'un boycott
  • Se prémunir contre le kidnapping
  • L'impact des crises sanitaires
  • Agir contre la cybercriminalité

3. S’INTÉGRER DANS UN ENVIRONNEMENT CULTUREL

La présence d’une entreprise à l’international et la gestion des ressources humaines qui l’accompagnent, ne peuvent se faire sans une connaissance des codes culturels en vigueur sur place. L’enjeu : comprendre ses interlocuteurs pour adapter son business et ses relations commerciales à des méthodes locales. C’est un impératif pour s’intégrer et surtout rester. Attention, il ne s’agit pas pour les entreprises de devenir des experts en géopolitique, mais avant tout de pouvoir anticiper et d’être prêtes lorsque surgit un événement local ou régional qui bouscule leur business.