Les entreprises face au retour des frontières

Dans un contexte international économique et politique mouvementé, les frontières se redessinent, entraînant un retour au protectionnisme. Ainsi, malgré la mondialisation, les entreprises se retrouvent dans une économie qui n’est pas aussi ouverte qu’elles pourraient le croire.


Les dirigeants d’entreprise pensent souvent que les affaires sont déconnectées de la politique et du social. A tort. « Quelle que soit la taille d’une société, elle a nécessairement des clients, des fournisseurs ou des concurrents à l’étranger. Or, le milieu des affaires est impacté par la situation géopolitique d’un pays et d’une région. S’y intéresser, c’est se donner les moyens de comprendre le marché, les pratiques commerciales et les risques », insiste Jean-Marc Huissoud, professeur à Grenoble Ecole de Management.

AMÉLIORER LA PRÉVISIBILITÉ

La géopolitique permet à une entreprise de mieux élaborer en amont sa stratégie de développement à l’international. L’objectif : avoir une vision globale de la situation d’un pays, que ce soit en matière économique, réglementaire, politique, sociale, ethnique ou culturelle. « Cela permet de réduire le degré de risque et d’améliorer la prévisibilité, notion au cœur de toute stratégie d’entreprise », poursuit Jean-Marc Huissoud.

S’INTÉGRER DURABLEMENT

Ne pas prendre en compte les éléments géopolitiques majeurs augmente donc les risques pour une entreprise. Notamment si elle souhaite s’intégrer durablement. Ainsi, le Japon était perçu dans les années 90 comme le pays émergent où il fallait développer ses exportations. La croissance était au rendez-vous et le marché intérieur était suffisant pour absorber l’offre. « Le problème, c’est que personne n’a regardé la démographie de ce pays vieillissant. Résultat, 10 ans plus tard, la population active de jeunes cadres baissait, et la demande intérieure avec. L’eldorado est vite devenu une illusion pour certains », explique Jean-Marc Huissoud.

UN RETOUR AU NATIONALISME ÉCONOMIQUE

Si le monde ressemble à un village avec les nouveaux moyens de communication, et que nous n’avons jamais autant voyagé, on observe pourtant des mécanismes de fermeture, notamment économique. La Chine, qui commence à reprendre la main sur le secteur industriel, a renforcé sa réglementation, notamment dans l’agroalimentaire, pour répondre désormais elle-même à sa demande intérieure. « Par ailleurs, la Chine connaît la montée d’une contestation intérieure forte, avec des revendications nationalistes », commente Jean-Marc Huissoud. Hormis quelques niches comme le luxe, le high tech ou les matières premières, les autres secteurs ne peuvent plus exporter aussi facilement. La Russie, le Brésil et les Etats-Unis appliquent également des mesures de protectionnisme pour défendre leur marché intérieur. « Face à la mondialisation, des frontières sélectives réapparaissent pour protéger les économies nationales. Nous assistons à un retour en arrière de ce point de vue », analyse Jean-Marc Huissoud.

DES FRONTIÈRES QUI SE REDESSINENT

Par ailleurs, les frontières demeurent fragiles dans certaines régions, notamment en raison des changements climatiques qui conduisent à des mouvements importants de population. Le Sahara, par exemple, est devenu une région de guerre de souveraineté sur les gisements d’énergie exploitables (comme le solaire) entre la Chine, l’Europe, et les pays propriétaires. Bref, les entreprises ne peuvent plus ignorer les facteurs géopolitiques qui entourent leur activité. Elles doivent les prendre en compte pour élaborer sur le long terme la meilleure stratégie de développement et de relations commerciales à l’international.

Pour en savoir plus, rendez-vous à la 7e édition du Festival de Géopolitique dont le thème est « A quoi servent les frontières ? » du 12 au 15 Mars 2015.

Programme et inscription