COP21 : un signal politique fort aux marchés

En décembre dernier, à Paris, la signature de l’accord de la COP21 par les 195 Etats parties prenantes aux négociations climatiques, pose notamment comme principe fondateur « qu’innover sera payant ». Mais en quoi ces mesures « contraignantes » seront-elles favorables à l’innovation ? 

Réponses de Laurent Javaudin et Joachim Schleich, enseignants-chercheurs à Grenoble Ecole de Management, spécialistes des problématiques énergétiques.


En quoi cet accord relatif aux enjeux climatiques ne laisse d’autre alternative que l’innovation ?

L'accord a pour objectif de maintenir la hausse de la température moyenne mondiale bien en deçà de 2 degrés, et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse de la température à 1,5 degrés - une priorité pour les pays en développement les plus vulnérables.

Ces deux objectifs sont ambitieux et nécessitent des innovations qui permettront de remplacer le charbon, le pétrole et le gaz par des sources d'énergie propre le plus rapidement possible, notamment via le déploiement massif et mondial des énergies renouvelables. Sont également nécessaires de meilleures batteries, à un coût de revient beaucoup plus bas pour devenir un produit de masse.

En ce sens, l’Accord envoie un signal politique fort aux marchés pour que le monde s’oriente vers une faible teneur en carbone, un monde à faibles émissions, et que l'investissement dans les nouvelles technologies est le chemin à prendre.

Pour profiter d’un véritable effet d’entrainement », les entreprises doivent avoir intérêt » à intégrer des mesures contraignantes. Comment y parvenir, alors qu’il manque à l’accord la fixation d’un prix du carbone, permettant d’orienter au mieux les investissements ?

L'accord ne prescrit pas directement de politiques publiques. Il est de la responsabilité de chaque pays de mettre en œuvre les mesures qui permettront de réaliser les INDC1 qu'ils avaient soumises avant la COP21. L'accord doit maintenant donner une forte impulsion pour les pays à établir des politiques claires et cohérentes qui permettent de réduire l'incertitude pour les investisseurs privés. Ces politiques peuvent inclure des taxes sur le carbone ou des systèmes d'échange dans différents pays comme la Chine, ou des régions comme l'UE.

Pourtant, pour atteindre les objectifs de l’Accord, les mécanismes envisagés doivent être beaucoup plus ambitieux. En outre, les pays doivent mettre en place différents types d'incitations pour les énergies renouvelables, les systèmes de batterie, ou les véhicules électriques. Enfin, l'Accord ouvre la voie aux marchés internationaux du carbone, ce qui générerait un signal de prix du carbone.

En quoi les mécanismes de révisions (tous les cinq ans), et de surveillance des engagements des Etats constituent un point essentiel de cet accord ?

La science suggère que les INDCs nationaux actuels mettraient les émissions mondiales sur une trajectoire de 2,7 degrés plutôt que sur celle de 2 degrés (sans parler d'une trajectoire de 1,5 degrés). En ce sens, le mécanisme de révision fournit le cadre politique pour augmenter progressivement le niveau d’ambition. Ce mécanisme est crucial pour faire des efforts crédibles dans une perspective à long terme. Seul le temps nous dira dans quelle mesure le mécanisme de révision fera monter le niveau d'ambition, et enverra ainsi des signaux forts ou faibles pour les investisseurs dans les technologies d'atténuation du carbone.

La nécessité de limiter la hausse des températures bien en deçà des 2 degrés », implique un fourmillement de solutions techniques et de projets économiques portés par les collectivités et les entreprises. Pouvez-vous citer quelques projets porteurs en France, qui donnent corps à ces avancées ?

Bien que les accords internationaux et les réglementations nationales fournissent un cadre, ce sont principalement les entreprises, les personnes et les communautés locales qui feront les choix d'investissement.

A ce titre, la région Auvergne-Rhône-Alpes héberge déjà de nombreuses expériences pilote. On pourrait citer Greenlys pour les Smart Grids, ou le projet HyWay pour l’hydrogène dans les transports.

 Intended National Determined Contributions » c’est-à-dire les engagements nationaux volontaires.