Comment la guerre des monnaies impacte les entreprises ?

Les entreprises sont avantagées ou pénalisées par les politiques monétaires. A elles de comprendre les mécanismes qui les sous-tendent pour orienter leur stratégie.


La guerre des monnaies aura-t-elle lieu ? « Le terme désigne l’utilisation des taux de change et des politiques monétaires par les gouvernements comme arme dans une guerre politico-économique. Il a été utilisé dans les années 2009-2010 par le gouvernement brésilien alors que le réal s’appréciait en raison d’une arrivée massive et brutale de capitaux américains. Ce fut l’une des conséquences de l’activation de la planche à billets par la Réserve fédérale dans le cadre de sa politique monétaire de quantitative easing », explique Jean François Ponsot, maître de conférence à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble, intervenant à GEM et membre des Economistes Atterrés.

Résultat, les entreprises brésiliennes ont été pénalisées à l’exportation et le gouvernement de l’époque a décidé d’appliquer des taxes sur les entrées de capitaux. Mais depuis 2013, avec une croissance quasi nulle, le Brésil voit les investisseurs étrangers quitter le pays et sa monnaie se déprécier. Un exemple emblématique de la manière dont la monnaie se trouve au cœur d’enjeux géopolitiques qui impactent le milieu des affaires.

FACE À FACE EURO/DOLLAR

La fin de l’euro fort est-elle annoncée ? Les entreprises françaises vont-elles en bénéficier ? « Nous nous dirigeons vers une parité un dollar/ un euro », signale Jean-François Ponsot. Jusqu’à l’été dernier, l’euro restait la variable d’ajustement du système monétaire international. Depuis, les Etats-Unis, qui officiellement n’appliquent aucune politique de change, ont arrêté de jouer la carte du dollar faible. Par ailleurs, l’euro fort prévalait en raison de la difficulté à se mettre d’accord sur le taux de change d’équilibre en Europe.. Mais face à une baisse de la demande des pays émergents, notamment en machines outil, et à une convergence d’intérêts avec les Etats-Unis, prêts à apprécier leur monnaie, l’Allemagne a fini par accepter de voir la monnaie européenne se déprécier. « C’est plutôt une bonne nouvelle pour les exportations françaises qui vont gagner en compétitivité-prix. Mais encore faut-il qu’il y ait une demande face à cette offre plus compétitive », souligne Jean-François Ponsot.

LA MONNAIE : UNE ARME POLITIQUE

Enfin, la chute du rouble mi-décembre, illustre l’utilisation de la monnaie comme instrument destiné à affaiblir une puissance politique. La baisse du rouble a en effet entraîné un krach boursier majeur. L’économie russe fragilisée se retrouve ainsi prise en étau entre les sanctions internationales et la chute des cours du pétrole. Les prix s’enflamment et Vladimir Poutine a décidé d’instaurer des barrières douanières pour limiter les exportations de céréales. L’objectif : augmenter l’offre intérieure et baisser les prix. Dans un tel contexte, les entreprises étrangères sont déstabilisées et doivent faire des choix. Apple a suspendu ses ventes en ligne en Russie. « Cette dépréciation du rouble n’est pas seulement le résultat d’une perte de confiance dans la monnaie russe ; elle s’explique aussi par les interventions extérieures sur le marché des changes pour affaiblir la Russie, dans le sillage des sanctions internationales décidées par l’Europe et les Etats-Unis », précise Jean-François Ponsot.

De leur côté, la Chine et le Japon maintiennent artificiellement des monnaies sous-évaluées pour stimuler leurs exportations. Les entreprises insérées dans une économie mondiale ne peuvent faire abstraction des stratégies de change et des politiques monétaires appliquées par les différents pays dans lesquels elles sont implantées ou avec lesquels elles échangent. Plus elles seront en éveil dans ce contexte de guerre des monnaies, plus elles pourront anticiper et faire les bons choix en temps voulu.