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18 oct 2016

Transition numérique dans le secteur électrique : Regards croisés franco-allemands sur les défis et opportunités

La numérisation du secteur de l’électricité renvoie à la généralisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’ensemble de la chaine de production : réseaux et compteurs intelligents, solutions de « cloud computing », applications mobiles au service de la gestion de l’énergie, gestion de la charge sur le réseau. Comparaison sur les défis et les opportunités vus des deux côtés du Rhin.

Grenoble Ecole de Management et le ZEW, le Centre de recherche économique européenne, réalisent chaque semestre une enquête auprès d’experts du marché de l’énergie opérant dans l’industrie, la science, et l’administration publique en France et en Allemagne. Pour le deuxième trimestre 2016, l’enquête a été réalisée entre mai et juin. Extraits choisis.

« En France, 58% des experts estiment que le niveau d’avancement de la transition numérique du secteur de l'électricité est proche de celui des autres pays occidentaux. Nos voisins allemands estiment quant à eux que le niveau de numérisation en Allemagne est adéquat, voire élevé. En revanche, la majorité des experts français et allemand s’accordent pour dire que la vitesse de la transition est trop lente.

Un rapport coût bénéfice défavorable

L’enquête révèle que plusieurs facteurs entravent la numérisation du secteur de l'électricité. Le principal obstacle retenu est un rapport coût bénéfice défavorable. Prenons le smart grid, par exemple. Plusieurs déploiements ont été réalisés autour de projets pilotes tel qu’Issy Grid, Nice Grid ou Greenlys à Lyon et Grenoble. Bien que ces technologies ne soient pas discutées, celles-ci sont évaluées sur des projets de petite envergure et leur maturité pour un déploiement à plus grande échelle est souvent remise en cause.

Un cadre réglementaire contraignant

En France, le cadre réglementaire est pointé du doigt comme étant le deuxième obstacle le plus important à la numérisation dans le secteur de l'électricité. Ce résultat fait écho aux retours d’expérience de démonstrateurs qui soulèvent que le cadre réglementaire ne permet pas de monétiser les bénéfices apportés par ces technologies et de leur assurer une viabilité économique.

La cyber-sécurité en question

La cyber-sécurité est considérée comme un verrou important. Les experts allemands considèrent d’ailleurs qu’en Allemagne, les cyber-menaces sont un facteur de blocage plus important que le cadre réglementaire. Les préoccupations relatives à la sécurité des données et de la vie privée, ont été soulevées dans le sillage de la numérisation en cours de l'économie en général. Par exemple, 97% des sociétés Fortune 500 ont reconnu avoir été victime d’au moins un incident de type cyber-attaque réussie.

Enfin, les experts français ont soulevé deux autres facteurs bloquants. En premier, le réseau de nature semi compétitive qui diminue la volonté des firmes établies à embrasser le changement. Deuxièmement, des questions relatives à l'acceptation sociale ont été mentionnées, pour le déploiement de compteurs intelligents. Comme dans d'autres pays, les préoccupations en France se rapportent au respect de l’intimité (anonymat des données et espionnage), ainsi qu’à la nocivité des rayonnements.

Des gains d’efficacité

La transition numérique, bien que porteuse de défis, est source potentielle d’optimisation du système électrique. Experts français et allemands s’accordent sur les domaines dans lesquels la transition numérique produira le plus de gains d’efficacité. En tête avec 21% des experts français et 20% des allemands de meilleures prédictions pour la gestion de la charge sur le réseau.

Les opérateurs de réseaux doivent s’adapter à une production électrique de plus en plus décentralisée qui crée des défis pour équilibrer l'offre et la demande d'électricité et la transition numérique est perçue comme une des solutions. 16% des experts français et 17% des experts allemands pensent qu’il sera possible de mieux répartir la production d'électricité. Des gains sont aussi attendus en ce qui concerne les procédures opérationnelles, telles que la facturation pour 11% des experts français et 16% des experts allemands.

Un impact favorable pour les consommateurs

La numérisation devrait profiter aux consommateurs. Ainsi, 18% des experts français et 19% des experts allemands anticipent une meilleure flexibilité dans l'industrie parmi les régions bénéficiant de la numérisation. En ce qui concerne les ménages cependant, moins de 10% des experts Français et 11% des experts allemands pensent qu’ils bénéficieront d'une meilleure flexibilité. Ces résultats mettent en évidence un des paradoxes de la transition numérique dans le secteur électrique.

D’un côté, le changement des attentes des consommateurs finaux est souvent mentionné comme l’un des facteurs qui pousse à numériser le secteur. En effet, certains demandent plus d'informations afin de pouvoir mieux contrôler leur consommation d'électricité et donc réduire leurs factures et leur impact environnemental. De plus, nombreux sont ceux qui produisent leur électricité et ils sont de plus en plus à s’orienter vers l’autoconsommation d’énergie, une tendance qui engendre de nouveaux besoins en termes de services énergétiques. D’un autre côté, des doutes planent quant à la possibilité pour tous les consommateurs de tirer pleinement profit de l’introduction des technologies du numériques. »

Auteurs

Anne-Lorène Vernay, chargée de cours en stratégie (GEM), Joachim Schleich, Professor of Energy Economics (GEM), et Laurent Javaudin, chargé de cours en management (GEM).
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Anne-Lorène Vernay