Toutes les actualités
20 nov 2017

Santé : La chaire « Public Trust in Health » questionne la confiance

Rüling Charles-Clemens, Professor

En septembre dernier, Grenoble Ecole de Management a lancé une nouvelle chaire de recherche, « Public Trust in Health », dans le cadre de la Fondation GEM, School for business and for society. Créée avec le soutien institutionnel de Bristol-Myers Squibb France, laboratoire biopharmaceutique, cette chaire a pour objet la compréhension des processus de confiance/défiance collective dans la santé.

Entretien avec Charles-Clemens Rüling, enseignant-chercheur en théorie des organisations à GEM, coordinateur de la chaire « Public Trust in Health »

Pourquoi la création de la chaire « Public Trust in Health » à GEM ?

Il existe à GEM une longue tradition de recherche sur les mécanismes à partir desquels la société construit une opinion sur l’innovation, et porte un jugement sur la légitimité des différents acteurs en présence. Dans le secteur spécifique de la santé (voir encadré), GEM a récemment innové avec la création de la Chaire Anosmie.

J’ai pour ma part coordonné un projet financée par l’Agence nationale de la recherche (ANR) qui a porté sur les modèles économiques du numérique dans la santé, appuyée par un consortium de 6 partenaires ; ceci de 2013 et 2017. Au total, GEM a pu développer les outils conceptuels et les méthodes d’évaluation permettant de mesurerles différents mécanismes d’évolution de la confiance collective.

La chaire « Public Trust in Health » étudiera donc les dynamiques de confiance ou défiance et, en particulier, la manière dont une problématique se créé autour d’un produit ou d’une entreprise, et se répercute sur l’ensemble d’un secteur.

Votre partenaire, Bristol-Myers Squibb France, est un laboratoire biopharmaceutique, pionnier dans la voie thérapeutique de l’immuno-oncologie. Quels seront vos domaines de recherche ?

Récemment, cette entreprise d’origine nord-américaine a fait le choix stratégique d’un recentrage sur l’immunothérapie – une thérapie spécifique dans le développement d’une nouvelle génération de traitements anti-cancéreux, qui vise directement le système immunitaire.

Le travail de GEM consistera à analyser la manière dont les différents acteurs construisent un sentiment collectif de confiance / défiance vis-à-vis de cette innovation. Comment ? Via un suivi, en temps réel, de l’avancée de ces nouvelles approches ; l’analyse du discours médiatique autour de cette méthode ; l’analyse du discours de cinq ou six laboratoires, mais aussi des professions médicales et des instances régulatrices de santé. Ceci depuis 2010.

Irez-vous également sur un terrain plus controversé de l’étude des cas de retraits de médicaments du marché ?

Tout à fait. Avec toujours, en ligne de mire : comment le débat émerge ? De quelle manière le processus de retrait affecte l’entreprise productrice ? Et pourquoi ce retrait suscite-t-il une mobilisation publique ? Ces études prévoient des comparaisons entre la France et la Grande-Bretagne ; l’on travaille actuellement sur une étude comparative de 12 médicaments retirés entre 1990 et 2010. Car les logiques sont très variables d’un pays à l’autre, tout comme les débats dans la presse, au parlement, dans le monde médical et au sein des autorités de santé.

Quelles sont les premières concrétisations des travaux de la chaire ?

Hélène Michel, enseignant-chercheur à GEM, a développé dans le cadre de la chaire une version Santé et Bien-être de son jeu sérieux Tech It, créé en collaboration avec le CEA Grenoble. L’idée a consisté à adapter le jeu initial au domaine de la santé afin de déceler les nouveaux usages dans le champ de la santé. A GEM, 700 étudiants de première année ont pu tester le jeu lors des InnoDays, les 18 et 19 septembre derniers, et imaginer des solutions sur les grands défis du secteur.

Le second round est prévu en janvier 2018, où 800 étudiants de seconde année du programme Grandes Ecoles plancheront sur la création de modèles économiques pérennes, en vue d’une commercialisation. En ce sens, le partenariat en co-développement avec le laboratoire Bristol-Myers Squibb France s’avère essentiel pour les échanges sur l’idéation jusqu’à la mise en œuvre du business plan.

Enfin, à partir de décembre, nous prévoyons de rencontrer d’autres acteurs clés du secteur en région, tels que l’Université et le CHU Grenoble Alpes, B&D, Aryballe Technologies… Notre appartenance à la Fondation de France nous autorise une grande liberté et l’indépendance requise pour mener à bien nos recherches.

La santé, un champ d’analyse spécifique ?

« Les mécanismes de confiance ou de défiance jouent de façon particulière dans le domaine de la santé, vis-à-vis des entreprises du secteur pharmaceutique notamment. Il existe en effet une « sensibilité » particulière, car le patient est directement exposé aux risques, en raison de l’impact potentiel direct sur sa santé. Le débat, ces derniers mois, autour du médicament Levothyrox est révélateur du niveau d’incertitude et de déstabilisation des patients face au changement, et sa rapide remise en question. Par ailleurs, ce qui caractérise le secteur de la santé, c’est la forte déconnexion, l’absence de lien dans l’esprit du public, entre le médicament consommé et le laboratoire, concepteur et fabricant de ce même médicament. Roche, Pfizer, Sanofi… Le nom, l’idée même du laboratoire sont flous dans l’esprit du public… D’où, lors d’une crise sanitaire, la défiance globale qui peut être alors jetée sur l’ensemble d’un secteur. Pourquoi ? Car tout ce qui a trait à la confiance présuppose un lien avec un acteur. Ce qui n’est pas le cas d’autres secteurs innovants. Ainsi, le problème lié aux batteries Samsung n’a pas remis en cause la technologie d’Apple,» relève Charles-Clemens Rüling