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10 jan 2017

Recherche : SCOP, l’art d’avoir des chefs sans leur donner du pouvoir

Stéphane Jaumier GEM

Est-il possible dans une SCOP d’avoir des chefs (managers, responsables…) qui n’exercent pas de pouvoir ? En pratique, comment les équipes gèrent-elles ce paradoxe ? Un chercheur grenoblois a travaillé pendant un an dans une SCOP de 25 associés qui réussit ce pari.

Cet article de Stéphane Jaumier est le sujet du 32ème numéro de GEM LAB Executive Summaries.

D'après l'article

Preventing chiefs from being chiefs : an Ethnography of a co-operative sheet-metal factory Organization
I-22 DOI: 10.1177/1350508416664144
Stéphane Jaumier

Scopix, PME de construction mécanique, fonctionne comme une SCOP depuis les années 80 avec une primauté absolue à la démocratie et à l'égalité. L'écart entre les salaires extrêmes est de 1 à 2. Le conseil de surveillance et le directoire ne décident rien sans l'accord de leur base. Un démenti cinglant à la « loi d'airain de l'oligarchie » qui voudrait qu'aucun groupe social n'échappe tôt ou tard à l'émergence de leaders, légitimés par leur charisme ou leur expertise. Stéphane Jaumier, chercheur à GEM, a travaillé pendant un an chez Scopix. Il a dégagé trois pratiques quotidiennes qui permettent à ce modèle de perdurer.

Le refus répété du clivage entre chefs et subordonnés

Un manager qui émet une réflexion un peu brusque s'entend répondre : « ne commence pas à jouer au chef ». Le pointage, imposé au départ aux ouvriers de l'atelier, a été étendu à tous les métiers. Aucun chef ne prend une décision sans s'assurer au préalable qu'elle sera acceptée par la base. Autant de rituels dont la répétition régulière permet de garder en mémoire le principe d'égalité.

Les critiques et demandes de justification de la base envers les chefs

Les critiques sont continuelles, même si elles ne s'appuient pas forcément sur des faits avérés, et même si le directoire évite toute décision qui donnerait l'impression de le favoriser. Ce sont plutôt des critiques « pour le principe ». Elles témoignent de la vigilance de la base et maintiennent une pression sur les chefs. D'ailleurs, certains ne la supportent pas et finissent par renoncer à jouer ce rôle.

Un humour « potache » qui ne se cache pas

Si les salariés veulent ironiser sur la décision ou la parole d'un chef, ils le font ouvertement. Exemple : ils confectionnent un masque en carton pour un salarié à qui on a demandé d'exécuter une tâche en temps masqué, et le salarié porte ce masque devant ses collègues pendant une vingtaine de minutes.

Scopix garde de « vrais » chefs qui symbolisent le lieu du pouvoir, le représentent vis-à-vis de l'extérieur (clients, fournisseurs…) et jouent à l'occasion le rôle de bouc émissaire en cas de problème. Mais ce pouvoir, officiellement investi et incarné dans des instances, reste privé de toute autorité. Son rôle premier est d'exprimer la volonté du groupe.

A retenir

  • L'exemple de Scopix montre qu'on peut échapper à la « loi d'airain » de l'oligarchie.
  • Le contrôle de la base sur ses chefs s'exerce via des rituels qui rappellent constamment les règles de démocratie et d'égalité entre associés.
  • Ces rituels sont le refus répété et affirmé du clivage chefs/subordonnés, les critiques systématiques dirigées vers les chefs et un humour qui les vise sans dissimulation.

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