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10 oct 2013

Recherche : les nanotechnologies vertes, utopie ou réalité ?

Imaginez utiliser une huile de moteur synthétique issue des nanotechnologies mais certifiée bio pour votre voiture : une utopie ? Non, ce produit existe bel et bien. Il est commercialisé par une entreprise américaine. Et ce n'est pas un cas isolé : la tendance est aux nanos vertes comme l'atteste les résultats d'une recherche menée par Caroline Gauthier et Corine Genet, chercheuses à Grenoble Ecole de Management.

Aujourd'hui chacun s'attache à « introduire du vert » dans son quotidien, dans ses réformes, ses plans d'actions... Pour les entreprises, il s'agit d'un défi important : préserver leur performance économique tout en réduisant leur impact négatif sur l'environnement. Dans le contexte des nanotechnologies, la société émet des résistances sur les effets potentiellement négatifs et à risque de celles-ci. L'objet de la recherche menée par Caroline Gauthier et Corine Genet, professeurs à Grenoble Ecole de Management, est de savoir si ce secteur se préoccupe des grands enjeux écologiques actuels : réchauffement climatique, pollution, recyclage...

«Nous nous sommes intéressées à la création de connaissances vertes dans les nanos afin de déterminer si ces toutes dernières technologies peuvent contribuer à la durabilité mondiale. Pour cela, nous avons étudié les demandes de brevets déposées par les firmes». Et d'ajouter « Nous avons pu constater que 806 firmes nanos - soit plus de 22 % de la base de données consultée créent du savoir vert et ont au moins un brevet avec des dimensions environnementales dans leur portefeuille. Au total, cela représente plus de 5 500 brevets verts déposés ces dernières années.

Efficacité énergétique, réduction de la pollution... sont les brevets verts les plus déposés.

Moyen de préserver leur compétitivité, conscience de la pollution et/ou de la nécessité de se conformer aux règlementations en vigueur expliquent les stratégies de R & D adoptées par de nombreuses entreprises sur ces questions. Les résultats de cette recherche révèlent que les brevets les plus déposés concernent l'efficacité énergétique puis la réduction de la pollution et les matériaux biodégradables. En effet, sur les 5 500 brevets déposés, 2 474 l'ont été dans le domaine de l'énergie, 1711 pour la réduction de pollution, 911 dans les matériaux dégradables.

Innovation verte et les grandes firmes

Autre élément significatif de cette étude, la typologie des entreprises qui se lancent dans l'aventure de l'innovation verte. 90 % d'entre elles ont été créées avant l'an 2000, et sont plutôt des grandes firmes (+ de 50 % sont de très grandes entreprises soit + de 1 000 salariés) issues de la chimie, des biotechs, de la microélectronique... « Cela s'explique par le fait que le développement des nanotechnologies représente un coût conséquent pour les entreprises. Celles qui se lancent dans les nanos disposent déjà d'une base de connaissances et se tournent vers l'infiniment « petit » pour améliorer les résultats de leurs produits » explique l'une des chercheuses.

L'Asie plus sensibilisée aux nanos vertes

Ce sont les entreprises asiatiques qui sont plus impliquées dans la création de connaissances vertes, viennent ensuite les Etats Unis et l'Europe. Au moment où l'étude a
été réalisée, sur les 502 firmes nanos que compte l'Asie, 192 ont déposé des brevets verts. (Europe : 1700/ 269 - Etats Unis : 1264/306).

C'est la première fois qu'une étude donne une vision d'ensemble sur la répartition des firmes nanos vertes dans le monde. Auparavant, seule la partie occidentale était étudiée.

En conclusion, les résultats montrent un aspect des nanos peu abordé par l'ensemble de la société qui traditionnellement se concentre sur leurs effets potentiels négatifs.

Caroline Gauthier précise « Les nanotechnologies vertes peuvent être présentées comme un moyen de réduire les résistances les concernant. En effet, si l'industrie des nanotechnologies a comme feuille de route la durabilité, qu'elle systématise la création de produits verts et qu'elle communique plus clairement sur leurs risques mais aussi sur leurs bénéfices (par exemple pour la planète), l'opinion publique pourrait accepter davantage ces technologies.»