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08 juil 2014

Recherche : Cumuler présidence et direction générale, une idée à redécouvrir ?

Faut-il répartir entre deux dirigeants les fonctions de président et de directeur général ? Pour la majorité des grands groupes, c'est une évidence. Pourtant, une étude auprès de 1900 grandes entreprises américaines montre que celles dirigées par un P-DG sont plus performantes quand la concurrence se durcit.

Cet article de Shan Zao est le sujet du 7ème numéro de GEM LAB Executive Summaries.

D'après l'article

CEO Duality and Firm Performance: Evidence from an Exogenous Shock to the Competitive Environment
Tina Yang, Shan Zhao
Journal of Banking & Finance

Jusqu'au début des années 90, plus de 80 % des firmes américaines étaient dirigées par un P-DG. En 2010, ce chiffre est tombé à 54 %. En Grande-Bretagne, la chute a été vertigineuse : seulement 5% de P-DG à la tête des grands groupes en 2010. «Le courant de pensée dominant affirme qu'un P-DG sera toujours tenté de faire passer les actionnaires avant le business » explique Shan Zhao, l'un des auteurs de l'étude.

Pourtant, le travail mené sur un échantillon de 1926 grandes sociétés américaines, entre 1979 et 1998, aboutit à une conclusion inverse.

En 1989, ces sociétés ont vécu un choc concurrentiel avec l'accord de libre-échange Etats-Unis - Canada, qui a aboli toute barrière douanière ou tarifaire entre ces pays. Or, celles qui étaient dirigées par un P-DG s'en sont mieux sorties que les autres. Leur indice Q de Tobin (qui mesure l'impact des investissements de l'entreprise sur sa valeur boursière) est supérieur de 3 à 4 % à celui des sociétés à direction bicéphale.

Face à la concurrence, l'information est le nerf de la guerre

Les chercheurs ont tenté d'expliquer cet écart. Une hypothèse ressort nettement : un P-DG seul aux commandes est plus efficace qu'un tandem président/directeur général pour collecter, traiter et transmettre de l'information stratégique, et prendre rapidement les décisions qui s'imposent. En période de changement et de concurrence accrue, c'est un atout décisif.

A l'appui de cette hypothèse, l'étude relève que le gain de performance apporté par le dirigeant unique est encore plus marqué pour les sociétés qui évoluent dans les secteurs très innovants (informatique, high tech…). Ceux, précisément, où le changement est le plus marqué et impose des réactions rapides.

Certes, ces résultats ont été relevés sur une période ancienne, à partir d'un traité de libreéchange entré en application il y a 25 ans. « Mais depuis, le rythme auquel les entreprises se transforment et s'adaptent n'a cessé de s'accélérer ; de plus, leur culture et leur fonctionnement interne n'ont pas vraiment changé » estime Shan Zhao. Autrement dit, n'enterrons pas trop vite l'idée du dirigeant unique, à la fois président et directeur général : il n'a peut-être pas fini de nous surprendre.

A retenir

  • Le nombre de grandes sociétés occidentales dirigées par un P-DG chute depuis 20 ans. Le tandem président + directeur général devient la référence
  • Les sociétés dirigées par un P-DG sont pourtant plus performantes en période de changement et de concurrence accrue
  • Clé de cette performance: un dirigeant unique peut s'informer, prendre des décisions et faire évoluer sa société plus rapidement.
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Magali Michel

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