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22 juin 2015

Recherche : Amap ++, quand Homo economicus révèle un autre visage

Non, l'Homo economicus n'est pas forcément animé par l'individualisme et la recherche du profit maximum. L'étude d'une association belge d'agriculture communautaire (« Amap ++ ») montre qu'il peut être altruiste, coopérant et responsable. Un premier pas vers une approche théorique de la décroissance ?

Cet article de Roxana Bobulescu, Nhu Tuyen Le et Claudio Vitari est le sujet du 15ème numéro de GEM LAB Executive Summaries; il s’inscrit dans le cadre des activités de recherche de la Chaire Mindfullness, Bien-être au travail et Paix économique.

 

Dans cette exploitation agricole de légumes biologiques, le producteur évalue chaque année sa future récolte et la répartit par avance en parts vendues à une communauté de consommateurs. Ces derniers valident les méthodes de culture utilisées, par exemple l'absence de serres chauffées ou de production intensive. Ils cueillent euxmêmes leurs légumes, quand ils le souhaitent : l'exploitation leur est ouverte 24 heures sur 24.

Des consommateurs qui partagent le risque de production

D'après l'article

Microeconomic degrowth : The case of Community Supported Agriculture
Ecological Economics 112 (2015) 110 - 115
Marjolijn Bloemmen, Roxana Bobulescu, Nhu Tuyen Le, Claudio Vitari, 2015

Impossible d'analyser ce modèle sous l'angle de l'Homo economicus individualiste en quête de profit. L'agriculteur ne cherche pas le profit maximum, mais l'équilibre entre ses coûts de production et le prix des parts. Les consommateurs ne cherchent pas le meilleur prix mais un produit de qualité et un cadre convivial dans lequel la récolte n'est plus une corvée mais une opportunité de contact avec la nature et d'échanges avec d'autres.

Plus surprenant encore : ces consommateurs partagent le risque de production. La valeur de leur part n'est pas renégociée si la récolte est plus ou moins abondante que prévu. L'Homo economicus qui émerge de cette initiative, répandue dans d'autres pays (Etats-Unis en particulier), est animé par d'autres valeurs : coopération, confiance, qualité de vie, responsabilité écologique, intégration à un groupe social…

Producteur et consommateurs, des motivations qui convergent

Les motivations qui animent le producteur et les consommateurs ne s'opposent pas : elles convergent. Le taux de turnover annuel du groupe s'élève à 20 %. Il soutient largement la comparaison avec le taux de fidélité des clients d'une marque ou d'une enseigne classique.

A ce titre, cette expérience peut être considérée comme une forme particulière de « décroissance soutenable », qui n'induit pas un processus de récession.

Certes, elle a ses limites : taille réduite, passage à l'échelle supérieure sans doute difficile, fragilité face à des comportements individuels « égoïstes » ou calculateurs… Mais le modèle classique de l'Homo economicus ne peut pas l'expliquer. Tout comme il bute sur les sociétés coopératives de production (SCOP) ou les plateformes de crowdfunding.

A retenir

  • On peut pérenniser un modèle économique non basé sur l'individualisme et la quête du profit maximum. L'Homo economicus n'explique pas tout
  • Producteur et consommateurs coopérer, partagent des valeurs et un risque productif, lié dans ce cas aux aléas de culture
  • Ce type d'agriculture communautaire s'inscrit dans une logique de décroissance soutenable, qui n'induit pas pour autant de la récession
Contacts
Mara Saviotti