Toutes les actualités
12 sep 2016

Le Brexit : vers une Europe à plusieurs vitesses ?

Michel albouy

Le Brexit lève un tabou. Vote sanction à l’encontre d’une Europe technocratique, il lance un signal démocratique fort, qui démontre qu’il est possible de sortir de l’Union européenne. Est-il de nature à remettre en cause la construction européenne ? Et, quel sera l’impact de cette décision sur les grands équilibres européens ?

Entretien avec Michel Albouy, professeur de finance à Grenoble Ecole de Management

Quel sera à terme l’impact du Brexit sur l’économie britannique, selon vous ? Peut-on entretenir des espoirs de rebond des exportations, dans un contexte de commerce international médiocre…

L’impact du Brexit sur l’économie britannique va se faire surtout sentir à long terme. La réaction des marchés financiers et la baisse de la Livre à l’annonce de la victoire des tenants de la sortie de l’Union étaient anticipée, mais elle ne peut être considérée comme captant la totalité des conséquences économiques de cette décision, dans la mesure où beaucoup d’incertitudes sur les conditions de cette sortie demeurent.

A cet égard, beaucoup dépendra de la façon dont seront menées les négociations entre l’UE et l’UK et qui vont s’étaler sur plus de 2 ans. La France, qui est un partenaire important de l’UK (rappelons que c’est un rare pays avec lequel nous avons une balance commerciale positive), est bien évidemment impactée par la baisse de la devise britannique, qui renchérit le coût des importations pour le consommateur britannique.

Quelle est votre vision de l’Europe à moyen terme compte tenu du Brexit ? Est-il de nature à remettre fondamentalement en cause la construction européenne ?

Oui, le Brexit est de nature à remettre en cause la construction européenne car il est un signal démocratique très puissant émis par le peuple britannique. Le Brexit démontre qu’il est possible de sortir de l’Union européenne : un tabou est tombé. Le Brexit est également un vote sanction contre une certaine forme dont l’Europe fonctionne. Celle-ci est perçue comme trop bureaucratique et éloignée des peuples. Par exemple, la question fondamentale de l’élargissement de l’Union n’a jamais été débattue publiquement.

Le départ de l’UK va déséquilibrer l’Union. En effet, les Britanniques constituaient un contre-pouvoir libéral à la technostructure de Bruxelles. Sans eux, il est à craindre que celle-ci ne devienne encore plus puissante. Par ailleurs, sans l’UK, le poids de l’Allemagne dans l’UE se renforce et son centre de gravité se déplace vers l’Est.

Ceci dit, les conséquences du Brexit sur l’économie Britannique constituent également un frein aux velléités de sortie que pourraient avoir tel ou tel pays membre. Grâce au Brexit, les peuples voient en grandeur nature ce qu’il pourrait leur arriver si l’Union disparaissait. Aujourd’hui, le marché unique - qui est une grande réussite de la construction européenne - nous parait naturel et aller de soi, et on entend plus les mécontents que tous ceux qui en bénéficient. Avec le Brexit, les gens vont commencer à réfléchir. Ils redécouvrent ce que l’UE leur apporte.

Quelles réponses les instances européennes et les gouvernants doivent-ils apporter, selon vous ?

La question est vaste et complexe, d’autant plus que la vision des différents pays est loin d’être partagée. Certains voudraient profiter du Brexit pour aller vers davantage d’intégration, d’autres voudraient limiter les pouvoirs de Bruxelles. On ira vraisemblablement vers une Europe à plusieurs vitesses.

Ceci dit, pour répondre à la question et faire simple, disons qu’il faudrait que les instances européennes se rapprochent des citoyens et que le principe de subsidiarité soit mieux appliqué. La Commission donne le sentiment de trop s’occuper de détails et pas assez des grands problèmes. Par exemple, le dossier de la fiscalité est toujours en panne alors que sans harmonisation fiscale entre les membres de l’Union, il est difficile de progresser vers une meilleure intégration économique.

Mais chacun voit bien que cette question, comme celle du respect des contraintes budgétaires (déficit inférieur à 3% du PIB) et d’endettement sont difficiles à mettre en œuvre, car elles relèvent de la souveraineté de chaque Etat.

La question des flux migratoires et des frontières (Espace Schengen) va également prendre de l’importance dans l’évolution de la construction européenne. Les questions liées à la sécurité intérieure et extérieure de l’UE avec la création d’une défense européenne constituent également une forte attente des peuples.

Contacts
Michel Albouy

Sur le même thème