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09 nov 2011

Crise ou pas le manager bricoleur a de l’avenir dans l’entreprise

Halte aux préjugés, le bricolage managérial en entreprise a de nombreuses vertus, particulièrement en période de crise. C'est ce que démontrent Raffi Duymédjian et Charles-Clémens Rüling, professeurs au département Hommes, Organisations et Société à Grenoble Ecole de Management, dans la prestigieuse revue Organization Studies. Explications.

« L'image du manager bricoleur provoque, choque même car elle conteste très ouvertement les images du manager - légitimes et traditionnelles - que l'on peut trouver dans les entreprises » explique Raffi Duymédjian. Et ajoute « Un manager bricoleur est une personne capable de faire beaucoup avec peu. Elle saura être polyvalente, souple, réactive, arranger et ajuster les choses avec peu de moyens. »
Des aptitudes particulièrement utiles pour les entreprises qui, en temps de crise, sont soumises à des ruptures qui perturbent leur organisation : pénurie de ressources ou de temps, problèmes de trésorerie, rupture de stock...

Le manager bricoleur, par son approche mêlant proximité (entretenir un rapport de familiarité avec son environnement), connectivité (être capable d'associer telles et telles ressources), et créativité (trouver des rapprochements ingénieux, imaginer des utilisations détournées), trouvera des solutions qu'une approche managériale plus traditionnelle aurait écartées. On le verra par exemple «hybrider» les connaissances de deux domaines visiblement distincts (Steve Jobs important ses connaissances en typographie dans le domaine de la micro-informatique), ou encore assembler des équipes aux compétences hétéroclites pour lancer une nouvelle activité sans avoir nécessairement de plans clairs en tête, mais en privilégiant l'expérimentation par la pratique.

En situation de crise, le manager bricoleur développe une capacité de résilience car il s'appuie sur un réseau d'individus et de ressources qu'il connaît très bien lui donnant ainsi la confiance nécessaire à la réalisation de ses missions.

Un profil précieux pour l'entreprise mais qui peine encore à être légitimé en dehors des périodes de crise, sans doute en raison d'un problème de sémantique qui renvoie le bricolage dans le monde professionnel à une forte image négative.
Pourtant, cette notion fait référence à des compétences fondamentalement positives dans les pays anglo-saxons dans des domaines aussi variés que l'innovation, l'entrepreneuriat, des systèmes d'information...
Pour Raffi Duymédjian « En France, l'imitation, «la débrouille», le fait de « faire avec » ou de composer sont encore considérés comme des moments ponctuels, des accidents de parcours, qui, s'ils se répètent risquent de mettre en péril la rigueur et la lisibilité du système. » Les managers sont eux-mêmes très réticents à se reconnaître des compétences de bricoleur.

Mais comme les périodes d'incertitude économique s'éternisent, les entreprises, de plus en plus en tension, auront comme solution de se renouveler et d'innover pour se différencier de la concurrence. Dans ce cas, avoir des managers bricoleurs qui soient capables de s'adapter lors de situations inattendues se révèle être un vrai plus.