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Santé : les concurrents des pharmas mènent l'offensive sur smartphone

Santé : les concurrents des pharmas mènent l'offensive sur smartphone

Interview de Vincent Mangematin, chercheur à Grenoble Ecole de Management


En quoi des applications sur smartphone menacent-elles les big pharmas ?

Ces applications reflètent une profonde mutation du secteur santé et en sont un des leviers. Nous sortons d’une médecine fonctionnelle qui détecte des symptômes, prescrit des traitements et s’incarne dans l’autorité du médecin. Aujourd’hui, l’individu associe santé et bien-être. Il veut une approche globale et personnalisée, gère son capital santé, fait de la prévention (sport, diététique…), échange au sein de communautés et utilise de plus en plus ces applications sur smartphone.

De là à estimer que l’industrie du médicament est menacée…

Quelques exemples d'applications santé/bien-être

NB : nous indiquons ici les références des sites qui présentent les services offerts par l'application smarphone

Elle l’est, y compris pour des pathologies lourdes ! Très récemment, certains cantons suisses ont décidé de ne plus rembourser les médicaments anti-Alzheimer : ils préfèrent financer l’accompagnement des malades et leur qualité de vie.

Quant à la maternité, à la vie sexuelle, aux maux chroniques (stress, dos, sommeil…), aux régimes ou à la prise en charge des seniors, ce sont des sujets omniprésents sur internet et sur les smartphones ; on compare ce qui est dit avec l’avis du médecin et parfois, on se passe même de cet avis.

Qui a développé les 360 applications étudiées dans la thèse ?

En Chine, aux Etats-Unis et en France, nous avons identifié trois grandes catégories : des pure players qui vendent par exemple des régimes personnalisés, selon l’âge et la pathologie de l’utilisateur ; des communautés animées par des bénévoles et axées sur du fitness et diverses activités physiques ; des firmes comme Orange, SFR, General Electric, Sony, Hewlett-Packard, qui proposent de la télémédecine, du matériel paramédical, de l’accompagnement aux malades etc.

Certaines pharmas proposent du service autour de leurs produits, par exemple dans le domaine du diabète. Mais le médicament reste le socle de leur démarche.

Est-ce vraiment gênant ?

Oui, car elles sont à contre-courant. Le bien-être, l’approche globale du corps, la prévention, la médecine personnalisée, ce n’est pas le médicament : c’est l’approche qu’on trouve sur internet ou sur smartphone et que les mutuelles privées américaines, notamment, encouragent fortement. Elles n’ont pas trouvé mieux pour améliorer le rendement de leurs contrats.

Comment imaginez-vous le secteur santé mondial dans 5 ans ?

Les big pharmas resteront prépondérantes sur les blockbusters. Mais elles vont se retrouver cernées par ces nouveaux acteurs qui empruntent d’autres voies et d’autres outils, en particulier l’informatique connectée et la gestion des bigs datas : c’est la technologie la plus puissante pour faire du prédictif et de la médecine personnalisée. Or, elle est maîtrisée par IBM ou Google, pas par les pharmas.

La thèse a été réalisée par Yi Jiang, PhD student à Grenoble Ecole de Management


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